Parcours & instantanés > interviews > interview du 8 mars 2003 - Sans vidéo

Quel pourrait être désormais le rôle de l’association ARB, au terme de ces 2 années de recherches historiques et d’actions auprès des médias et institutions ?

Raymond Bernard : Je dois dire que j’ai été très touché par la création de cette association. Il est évident que du fait qu’elle était nominative et que l’on parlait ouvertement de « RB », Raymond Bernard, c’était gênant, tout à fait au début, si je n’allais pas jusqu’au fond des choses, mais ensuite j’ai pensé que c’était une idée excellente, parce que si on laisse les choses négatives aller dans leur sens, sans aucune réaction, contrairement à ce que l’on pourrait penser et ce que j’ai moi-même pensé, elles ne s’arrêtent jamais, elles ne meurent pas d’elles-mêmes. On le voit dans le privé, mais aussi dans le monde extérieur, qu’il soit économique ou même politique, la réaction est toujours la même : s’il n’y a pas de volonté d’arrêt, de tentative d’équilibrer, il y a domination, puis emprise de la partie négative. Il y a plusieurs moyens de s’opposer au négatif : il y a le silence mais le silence est toujours meublé par les oppositions, il fallait donc équilibrer ce silence par une association qui est l’ARB. Dans toute l’histoire humaine, on l’observe : il faut toujours que les choses se rééquilibrent à temps, pour empêcher le pire.
L’association ARB était une idée extrêmement touchante pour moi, mais que j’ai jugée également utile par le fait de ce rassemblement, de cette collecte de documents de toutes sortes, qui étaient épars et qui, certainement, avec le temps, auraient disparu ou tout au moins auraient été oubliés.
Je pense que cette association a une « raison d’être » fondamentale, dans son aspect historique. Le travail qui est fait actuellement deviendra un travail de référence dans l’avenir. Peut-être que le nom changera, peut-être qu’un site internet sera créé qui renfermerait toute cette histoire particulière se rapportant à une partie vraiment délimitée de la Tradition. - (voir la vidéo)

Le Martinisme est un aspect important de l’histoire de la Tradition, même s’il est relativement récent, à cette échelle. Comment s’est-il articulé par rapport à l’Amorc ?

Raymond Bernard : Le Martinisme est une grande question, un grand sujet dans l’histoire de la Tradition. Il y avait, à l’intérieur de la tradition rosicrucienne Amorc, une partie martiniste, avec le reproche qui n’était pas justifié que cette tradition était factice, du fait qu’il n’y avait pas d’initiation de « personne à personne » au départ, ce qui était très injuste pour le Dr Spencer Lewis, son fils Ralph Lewis et tout le travail qui était fait.
Ce qui est exact, c’est que le Martinisme comme la Maçonnerie et comme beaucoup de traditions, devaient être établis ainsi, peut-être à l’exception de l’Amorc qui avait une autre envergure spirituelle et mystique, bien qu’il y ait eu, là aussi, une partie qui nécessitait cette transmission de « personne à personne ». Si j’emploie ces mots c’est parce que ce sont les termes officiels utilisés dans la tradition.
Pour ce qui concerne le Martinisme auquel j’appartenais, j’avais eu des contacts avec Philippe Encausse, avec Robert Amadou, et j’avais eu cette transmission qui m’avait été donnée de « personne à personne » par Marcel Laperruque, qui était Grand Maître adjoint de la branche Martiniste dite Ambelain, et c’est lui qui m’avait transmis « de personne à personne » les initiations. Des documents attestant que ces initiations m’ont bien été transmises par lui sont dans les archives.
Mais tout d’abord, j’avais reçu moi-même une autre filiation à San José en Californie, « de personne à personne » par un groupe vraiment bien constitué, qui était très strict précisément dans cette tradition de filiations personnelles et qui était dirigé par J. Duasne Freeman, d’une filiation Papus, transmise à Genève ou Bruxelles, la même que celle transmise à Ralph Maxwell Lewis, dont Lagrèze est également l’un des initiateurs. L’initiation que j’ai reçue là, était également valable. J’ai donc rassemblé, à un moment donné, plusieurs traditions martinistes et cette initiation a été reconnue par Philippe Encausse, le fils de Papus et par Robert Amadou. (voir la vidéo)

N’aviez-vous pas aussi rencontré Robert Ambelain ?

Raymond Bernard : J’ai rencontré Robert Ambelain de manière assez curieuse, cela me revient en mémoire : c’était dans un café, qui se trouvait vers l’église de la Madeleine, et qui n’existe plus. Lors des rencontres avec des personnalités remarquables de la tradition tel que lui, il devait être tenu compte de mes fonctions dans l’AMORC et du fait que ces personnalités avaient pris certaines positions officielles et ne pouvaient se déjuger soudain en prenant des contacts officiels, mais je dois dire que nous avons toujours été dans les meilleures relations possibles.

A cette occasion Robert Ambelain avait-il confirmé la reconnaissance qu’il avait sur votre filiation et ce que vous faisiez ?

Raymond Bernard : Absolument, et tout un travail d’initiations s’est passé à Villeneuve Saint Georges. J’ai d’abord initié, transmis à une personne, puis à deux, trois, jusqu’à ce que nous constituions un groupe cohérent qui était normalement de sept, pour les officiants, mais en réalité nous étions quelques-uns de plus, et nous avons ensuite initié plusieurs mois de suite à raison de une ou deux nuits par mois.
Nous avons ainsi initié un certain nombre de personnes, afin de créer ce que l’on appelait des heptades dans diverses régions. Donc tous ceux qui ont ainsi reçu ces initiations en heptade, de la manière dont cela a été appliqué lorsque j’étais là, sont authentiquement Martinistes, selon la volonté initiale de Papus, le Dr Gérard Encausse, de Chaboseau, et en fait de tout ceux qui, au départ, à l’aube des années 1900, avaient décidé de créer le Martinisme. (voir la vidéo)

Les rituels que vous avez adopté étaient-ils une synthèse de ce que vous aviez reçu à travers la filiation Laperruque et la filiation de Duasne Freeman ?

Raymond Bernard : Ces rituels étaient à San José et avaient été utilisés par le Dr Spencer Lewis, ensuite par Ralph Lewis, puis par Duasne Freeman. Le Martinisme n’était pas considéré comme une partie essentielle de la tradition rosicrucienne, mais ces rituels étaient authentiques, ils avaient été communiqués par l’imperator européen Sâr Hiéronymus et venaient vraiment de la tradition authentique. Le Dr Spencer Lewis et ceux qui l’entouraient les avaient traduit en anglais.
J’ai reçu de San José, l’autorisation que je devais avoir pour créer une organisation qui était à l’intérieur de l’Amorc mais qui risquait de devenir importante, et j’ai établi à ce moment-là l’Ordre Martiniste Traditionnel. Ce devait être après mon séjour à San José de juillet 1959.
Evidemment ce qui c’est produit, c’est qu’ayant établi ces heptades, l’intérêt pour le martinisme est devenu si essentiel qu’il a fallu à un moment donné que j’établisse la règle qu’il fallait d’abord être rosicrucien pour être martiniste. Aux Etats-Unis le Martinisme n’était ouvert qu’aux membres ayant atteint le 9ème degré de l’Amorc. J’avais expliqué que ce n’était pas possible chez nous, où d’autres organisations martinistes existaient déjà et j’avais même insisté sur un point qui paraissait secondaire mais cependant avait son importance , c’est à dire que si nous ne faisions pas une organisation qui était traditionnelle dans laquelle il y avait tous les documents et filiations voulues, beaucoup de membres de l’Amorc seraient partis vers ces organisations qui étaient à l’époque plus ou moins bienveillantes vis-à-vis de l’Amorc, mais qui le sont devenues par la suite, étant donné les contacts que j’ai décidé de prendre avec eux.
Je dois dire que les contacts que j’ai pris ont surpris vraiment ceux avec qui ils étaient pris, ils ne s’attendaient pas à ce que cela se fasse et c’est ainsi que de bons rapports ont été établis. J’avais établi une devise, je ne sais pas si on la garde, car je suis tellement à l’écart de toutes ces choses désormais, qui était « la plus large tolérance dans la plus stricte indépendance » cette règle que j’avais établie était appliquée partout et je m’en servais bien aussi pour moi-même, vis à vis de ces autres mouvements. (voir la vidéo)

Cette devise a-t-elle été reprise dans les autres juridictions , ou était-elle propre à la France ?

Raymond Bernard : Elle avait été reprise dans plusieurs pays d’Europe. (voir la vidéo)

Le martinisme que vous avez perpétué continue-t-il comme tel ?

Raymond Bernard : Il m’a été dit qu’actuellement le Martinisme tel qu’il se développe dans l’Amorc se situe par rapport surtout à quelqu’un qui avait cette initiation authentique venant d’Europe et qui habitait, je crois, dans les environs de San Francisco, mais on peut dire que c’est une tradition de plus qui a été rajoutée.
Il faut bien préciser une chose sur laquelle on insistait beaucoup dans l’Ordre Martiniste Traditionnel, c’est que avant Gérard Encausse (Papus), avant Chaboseau, il n’y avait pas de Martinisme, il a été établi à ce moment-là. Louis Claude de St Martin n’a jamais créé de Martinisme. (voir la vidéo)

Quelle est la différence entre le martinisme et le rosicrucianisme ?

Raymond Bernard : Disons que le rosicrucianisme tel que je l’ai connu, tel qu’il doit continuer d’être certainement, rassemblait une tradition très vaste, très large, recueillait énormément de tendances initiatiques et tel qu’il était au moment de sa fondation, il a hérité finalement de toutes les traditions de la Fudosi (fédération universelle des organisations secrètes initiatiques). Tout ceci était réuni là en essence, à part des traditions d’autres organisations qui ont tellement voulu être secrètes que dans la plupart des cas elles ont disparu ou se poursuivent - mais avec quelle authenticité ? - par certains petits groupes locaux. (voir la vidéo)

C’est là aussi je pense que la volonté du Dr Spencer Lewis et de son fils a été extrêmement utile parce qu’ils ont établi quelque chose qui est connu, reconnu par tout le travail qui a été fait, et qui aura bientôt près de 100 ans. (voir la vidéo)

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